A)_ Ecole-presbytère
B) _Plaids
annaux
C) _Vieilles coutumes
A - Ecole-presbytère
Au milieu du XVIII siècle, l'école était dirigée par maître Joseph Thomas, qui en 1745 avait remplacé Nicolas Jullier. En même temps que les fonctions d'instituteur, _ou de régent, comme on disait alors _il remplaçait celles de chantre au lutrin, de sacristain, d'appariteur au service du château et de la communauté.
Pauvre clerc, sachant lire couramment le Français dans les livres et les manuscrits, le latin dans le psautier ; traçant correctement la belle écriture nationale, toujours très lisible, de l'ancien temps ; pouvant compter, faire des additions et des soustractions de nombres de beaucoup de chiffres,_ce qui était considéré comme une grande difficulté ; mais étant obligé de recourir à un livre pour les autres opérations de calcul: tel était le maigre bagage littéraire et scientifique de l'instituteur.
Maître Thomas ouvrait son école à la Toussaint et la fermait à Pâques, suivant les conventions arrêtées entre lui et le conseil des Échevins de la ville. Certains enfants n'y entraient qu'à la Saint Martin, 11 novembre, et la quittaient au mercredi des Cendres. Ceux –la allaient à maître c'est-à-dire entraient, comme petits valets, chez les laboureurs pour tout le temps que duraient les travaux champêtres.
Dès les premiers jours de printemps, une fois la classe fermée, le brave maître d'école travaillait à son métier de tisserand.
Parmi les garçons et les filles, il y avait deux catégories d'élèves: les écrivains et les non écrivains. Par application du traité intervenu et dont nous venons de parler, _traité qui se renouvelait tous les trois ans, _les écrivains payaient un écu de trois livres par année, pour la période scolaire: les autres payaient seulement deux livres. L'école était fréquentée par une quarantaine d'enfants des deux sexes, de sept à quinze ou seize ans.
Le régent retirait, en moyenne, environ 35 écus pour les écolages ou rétribution scolaire annuelle. Dans le but d'économiser une partie de la dépense, certains parents reculaient, autant qu'ils le pouvaient, le moment où leurs enfants devaient apprendre à écrire. Il retirait peu après la même somme pour sa part de casuel, en qualité de chantre et de sacristain. Enfin, comme suppléments de gages et pour rétribuer son office de secrétaire du conseil des Échevins, le Seigneur lui avait octroyé, bénévolement, le sixième de la dîme d'une charrue, c'est-à-dire de 45 à 50 jours (1) de terre. Cela équivalait à environ 10 hectares, suivant les mesures actuelles. De ce chef, il récoltait une centaine de gerbes, moitié blé, moitié avoine, seigle ou orge, qui produisait deux réseaux, _le resal équivaut à 125 livres, _ de froment, d'un prix moyen de 10 écus pour les deux. L'avoine lui donnait au plus cinq quartes, _chacune de 60 litres, _d'une valeur totale à peu près égale à celle du blé.
""1""le jour, de 10 hommées ou 250 toises, représente 20 ares 44 centiares.
Ce supplément, au profit du maître d'école, ne pouvait guère appauvrir le propriétaire du domaine, et apportait un précieux appoint aux maigres ressources du magister. Le total de ces salaires pouvait donc s'élever, année ordinaire à 90 écus, _270 francs. Il ajoutait encore à cela ce qu'il retirait de vin à l'époque du pressurage. Comme dans beaucoup de villages lorrains possédant un vignoble, le régent et le curé mettaient un tonneau chacun, dans le local du pressoir banal, suivant une antique coutume. Le Seigneur, cela va sans dire, y plaçait aussi, de droit, les siens ; ses agents se chargeaient pendant le pressurage des vendanges de prendre, sur chaque pain de marc, le vin qui lui était dû. Quant aux futailles déposées par le maître d'école et le curé, un assez grand nombre de vignerons y versaient, à titre gracieux, chacun un broc ou deux. Le broc, quart de la mesure, serait aujourd'hui de 11 litres 11 centilitres. Si les fûts étaient remplis avant la fin du pressurage, ils étaient immédiatement remplacés par des tonneaux vides.
De cette façon, maître Thomas augmentait encore ses petites ressources. A cette époque, il occupait une situation enviable. Aussi, lorsqu'il s'agissait de renouveler son engagement triennal, se pressentait-il plusieurs concurrents. Tous étaient éconduits, cependant, parce qu'on tenait beaucoup à maître Thomas, qui remplissait ses charges multiples avec zèle et conscience. Nulle part, les enfants n'étaient plus instruits, mieux élevés. Presque tous ceux qui, en raison de leur âge, avaient quitté l'école, savaient lire, écrire, compter, se montraient respectueux envers les parents, pleins de déférences à l'égard de tous les habitants du village, de politesse envers les étrangers. Tous étaient pieux, savaient leur catéchisme, chantaient les offices avec leur excellent maître. Il n'y avait point d'illettrés parmi eux.
Pendant treize ans le père Thomas fut le préféré des Échevins de ville, l'ami et le guide de ses confrères voisins. Il ne fut remplacé qu'à sa mort, en 1758, comme nous le verrons plus tard, par Joseph Willemin, qui sut acquérir, comme lui, l'estime de toute la communauté.
La cure était desservie, depuis 1727, par le révérend père François, chanoine régulier de l'ordre de Saint Augustin du couvent de Marsal, dont il avait été prieur. C'était un prêtre vénérable, très populaire à Sornéville et à son annexe Moncel.
Le revenu de la cure se montait à un chiffre assez élevé. Des donations successives, faites par le Seigneur et les habitants aisés de la paroisse, avaient formé une mense presbytérale importante.
Avant la révolution, la plupart des curés de campagne pouvaient vivre à l'aise et exercer largement la charité, _ tandis qu'au temps ou nous sommes, une indemnité dérisoire les empêche à peine de mourir de faim. La révolution les a réduits à la portion congrue.
Les Seigneurs de Sornéville avaient abandonné, au curé de la paroisse, une partie des revenus qu'ils percevaient en nature. Le père François tirait la dîme d'une charrue et avait l'usufruit de terres qu'il affermait à un laboureur. La concession des dîmes et des terres avait été faite à perpétuité. Le revenu total, avec les oblations, pouvait être évalué, année moyenne, à mille écus, dont profitait le couvent. Déduction faite de l'entretien, des aumônes et bonnes œuvres du desservant, il revenait à la communauté religieuse de Marsal près de deux mille livres.
Parmi les notables formant le conseil des Échevins de ville, on comptait alors Nicolas Gallier, les frères Léopold et Jean François Gouvenez, Léopold Villard, Jean Paul Morville, Claude Goury, Joseph Lallement, et Jacques Aubry. Ce dernier était entré au conseil en 1729, et, l'année suivante, avait rempli les fonctions de maire.
En voici un exemple:
En 1725, le lendemain de Pâques, le Seigneur fit proposer, par son intendant, l'échange d'une partie de sa forêt dite: bois banaux, _ aujourd'hui, _ bois morel, _avoisinant les coupes affouagères des cent chênes, contre un petit bois de 25 arpents, celui de l'étang voinard, ou Darifosse, appartenant à la commune. Le châtelain désirait vivement que cet échange eut lieu. Le bois communal, entouré de toutes parts de prairies et de terres labourables, les offrait de grands avantages pour ses chasses. L'endroit était favorable à la remise du gibier. Il donnait plus de terrain et des bois de meilleure qualité que ce qu'il demandait en retour. Son offre était donc acceptable. Mais Jacques Aubry qui était hardier cette année là, s'opposa énergiquement à l'échange proposé, et fit valoir ses motifs personnels:
Ç'na_m'po dépiaire""1""è not'bon monsieur, dit-il en son patois expressif et familier;_mais lo piat bô atô dè sin ""2"",j'en paîtirô ""1""quasi tos les jos è me tot seûl. Je moène sovent mo tropé es alentos di bô de l'etang wènaird""1""pasque j'y trûve de lè bonne pèture, po mes bêtes. J'ai ""1""tot pien de boquattes et j'ai ""1""bin""2""di mâ de les vôr tortos quand j"errive sus lo bord di bô. Mes chins""2""bawront""3""éprès s'i les wéyont""3""breutter les piates branches des bouxons""4"";mais""1"" i n'erriv'ro_m'tojos essez tôt po les empêchi de maingi lo breta.&&& Vos banwais ""1-3""et vos gairdes""1""me wégeront""3""sovent, pasque l'émont bin""2""zoute bon maîte. En m'wègeant ""3""i crôront li faire""1"" piéchi""5""je n'pourrô jèmais""1""pyi lo démainge, j'a trop paure. Je s'rô mis â carcan, deconte lo moté. Cè serô bé, ne-mé, si les âtes me wèint tot lè. Et mes paures gens de chin""2"" no, qu"à-c qu'i penserint""2""de zoute fe. Mé bonne vie mère en vanrô bintôt""2""sotte. Je n'vue-m lo chaingement-lè""6""
Et quand Jacques Aubry avait une opinion, toujours réfléchie, d'ailleurs, il n'en démordait plus. Il ne fut donc pas possible de le ramener à l'avis du plus grand nombre. D'après les usages, la solution de la question ne fut point favorable au Seigneur. C'est pourquoi le bois de l'étang voinard appartient encore aujourd'hui aux habitants de Sornéville.
""1"" ai se prononce ê, très ouvert
""2"" in est nasal, comme on, an, etc
""3"" w s'articule ou
""4"" x s'articule comme hh fortement aspiré_ c'est le ch Allemand
""5"" h est toujours aspiré, comme dans la langue Allemande
""6"" è est toujours bref, comme et
Voici la traduction du patois cité plus haut:
"_ Ce n'est pas pour déplaire à notre bon monsieur ; mais si le petit bois était à lui, j'en pâtirais presque tous les jours à moi tout seul. Je mène souvent mon troupeau aux alentours du bois de l'étang voinard, parce que j'y trouve de la bonne pâture pour mes bêtes. J'ai beaucoup de chèvres, et j'ai bien du mal de les voir toutes quand j'arrive au bord du bois. . Mes chiens aboieront après, s'ils les voient brouter les petites branches des buissons ; mais ils n'arrivent pas toujours tôt pour les empêcher de manger les broutilles. Vos bangards (gardes du ban) et vos gardes (forestiers) me gageront, parce qu'ils aiment bien leur bons maîtres. En me gageant, ils croiront lui faire plaisir. Je ne pourrai jamais payer les dommages ; je suis trop pauvre. Je serai mis au carcan, contre l'église. Ce serait beau, n'est ce pas, si les autres me voyaient là !
Et mes pauvres gens de chez nous (mes parents) que penseraient-ils de leur fils ? Ma pauvre vieille mère en deviendrait bientôt folle
Je ne veux pas de ce changement là!
Pâques venu, les enfants abandonnaient l'école joyeusement, prenaient leur volée, comme un essaim de papillons, vers les champs et les forêts. Les uns, la cougie (le fouet) à la main, dirigeaient l'attelage de quelque charrue; d'autres allaient ramasser les sarments de vigne, _ou sermenter; les plus jeunes allaient garder les vaches ou la chèvre en pâture, le long des haies et des chemins herbeux. Quelques uns allaient faire des charges de bois mort dans la forêt, et les rapportaient pour augmenter la provision de chauffage pendant l'hiver prochain. Tous étaient occupés. On n'en voyait jamais comme aujourd'hui, courant les chemins en désœuvrés ou se livrant à la maraude.
C'est que la morale évangélique n'était point ou point encore remplacé par la morale indépendante. Alors les enfants obéissants, parce que les parents savaient se faire obéir.
La fête de Pâques était le plus grand jour de l'année. Nul n'aurait osé le profaner par un travail quelconque. C'est l'époque où s'annonce le renouveau; les arbres bourgeonnent, les premières feuilles se développent, les violettes fleurissent sous les buissons, au bord des sentiers ; le pinson chante sa ritournelle dans les vergers ; l'alouette gazouille au-dessus des sillons nouvellement labourés.
On endossait alors les vêtements légers; on jouait aux quilles au fond des jardins; on se divertissait de toutes manières. Les jeunes gens, après les vêpres, poussaient leur promenade jusqu'à Humémont.
Entre amis, on marandait (repas de quatre heures de l'après midi) d'omelettes au lard, arrosées du petit vin de la dernière récolte. Les enfants se croyaient même tenus, suivant une antique croyance, de marander plusieurs fois, le jour et le lendemain de Pâques, pour être sûrs de trouver les nids de petits oiseaux en leur saison. Ils jouaient aux œufs rouges, dont chaque ménagère préparait une ample provision. En ce jour de fête, à la grand'messe, on distribuait aux fidèles des noix en guise de pain bénit.
Puis venaient les rogations. Aucun paysan n'aurait voulu s'abstenir d'assister, quand il le pouvait aux processions: la récolte prochaine n'était-elle pas sous la garde et la dépendance du Créateur ? On suivait alors en longues files de gens pieusement recueillis, les sentiers et les chemins étroits, chantant les litanies d'un ton plaintif, ayant au cœur un grand espoir en la munificence de Dieu.
Le premier jour, on allait bénir la saison des blés; le second jour, la saison des avoines et des orges; le troisième jour était réservé pour la bénédiction du vignoble.
Heureux temps où le souffle démoralisateur des incrédules n'avait point encore passé sur les campagnes ! Un antique usage, dont l'origine peut être reportée aux temps du paganisme gaulois, subsistait encore dans les trois premiers jours de mai (1)
Une vieille pauvresse conduisait une petite fille de huit à dix ans, vêtue d'une robe blanche sur laquelle étaient épinglées des feuilles de lierre. L'enfant avait la tête ornée de verdure. Toutes deux quêtaient de porte en porte, entremêlant le chant et la danse. C'est ce qu'on appelait;" chanter le trimaisa!"*
Va-ce lo mye, évri pessé
** Je n'pue teni mo cœur(2) de joé:
** Tant aller, tant dansi,
** Po tojos chanter: trimaisa!
** Ç'a la jôli moè de maye!
** J'ans truvé les biés bin grands,
** Les awènes se l'vant,
**Les bianches pinques fieurant:
** Ç'n'a-m' por nos lo présent:
** Ç'a po lé vierge et son afant.
** Eune priére so fe qu'i nos moéne
** Eune priére so fe qu'i nos moéne
&& Trimaisa! Etc. Trimaisa! Etc.
(1) d’où probablement le nom donné à cet usage.
(2) à Sornéville on prononce tcheur.
***Voici le mai, avril passé
** Je ne puis tenir mon coeur de joie;
** Tant aller, tant danser
** Pour toujours chanter: trimaisa!
** C'est le mai, mois de mai,
** C'est le joli mois de mai!
** Nous avons passé par les champs;
** Nous avons trouvé les blés bien grands,
** Les avoines se levant, Les aubépines fleurissant:
** Trimaisa! **Trimaisa!
** Ce n'est pas pour nous le présent;
** C'est pour la vierge et son enfant.
** Elle priera son fils qu'il nous mène
** Au paradis, et c'est bien mieux!
Au premier mai, chaque garçon à marier apportait, avant l'aurore, sur la porte de sa promise, un mai garni de ses feuille nouvelles et de fleurs des champs, attachées aux rameaux par des rubans de diverses nuances. A la Pentecôte; la plupart des paysans se rendaient à Saint Nicolas de Port, pour demander, au patron de la Lorraine, de protéger les enfants et les jeunes gens. Les villageoises célibataires qui désiraient se marier et n'avaient point d'épouseur, ne manquaient jamais ce pèlerinage.
Elles parcouraient l'intérieur de la célèbre basilique en tous sens, avec l'espoir de poser le pied, à leur insu, sur une certaine pierre du pavé, dont tout le monde ignorait la place. Lorsqu'on l'avait foulée par hasard, on devait infailliblement épouser, dans le cours de la même année, le gars sur lequel on avait jeté son dévolu.
Cette croyance, _reste des superstitions du Moyen-Âge, _étaient alors fort répandue dans nos campagne. La dévotion à Saint Nicolas était profonde et générale. Huit jours avant et huit jours après le lundi de la Pentecôte, on voyait, à Sornéville, défiler des bandes de pèlerins, _hommes,femmes, enfants, vieillards, _portant, sur l'épaule, le bâton de voyage traversant de grandes miches de pain bis. Chaque famille pourvoyait à sa subsistance pendant la durée du voyage, aller et retour. Le jour même de la foire, lundi, on évaluait de 30 à 40 mille le nombre des paysans accourus, de tous les points de la Lorraine, pour rendre hommage au vénéré patron et implorer son secours.
A la Fête-Dieu, quelles simple et touchante cérémonies! Quelques jours à l'avance, avec l'autorisation, souvent même par l'initiative du Seigneur, on coupait les mais, dans les bois banaux, branchages de charmille qui devaient orner les chapelles et reposoirs, et enverdir les façades des maisons. Les femmes, les jeunes filles et les enfants récoltaient des charges de mousse dans les forêts, en façonnaient des guirlandes piquées de roses, de coquelicots et de bluets. Ces guirlandes devaient encadrer chaque autel rustique.
Les ménagères un peu à l'aise prêtaient leurs belles pièces de toile de chanvre ou de lin, apportaient leurs petits chandeliers de cuivre, les images pieuses qui gardaient leur foyer et qu'elles conservaient avec soin dans des encadrements de bois de noyer. Elles plaçaient par-ci, par-là, quelques miroirs sur l'autel improvisé, aux côtés duquel se tenaient les bons petits enfants joufflus, en robe blanche, les mains jointes, figurant les anges du paradis. Tous les campagnards valides suivaient la procession du Saint Sacrement. Le révérend père s'avançait grave, recueilli, couvert de ses plus beaux ornements, portant l'ostensoir avec un profond respect, sous un dais (1) très simple que soutenaient quatre marguilliers
(1) pièce d'étoffe 'tendue, soutenue par de petits montants, sous laquelle on porte parfois le Saint Sacrement en procession)
(2) sacristain.
Messire de Baudouin suivait le dais, un cierge à la main; derrière lui venaient les membres de sa famille, puis les Echevins de ville, puis les gens du château, sur deux files, les hommes d'abord, puis les femmes, en tête desquelles marchait Marie-Françoise de Rutant, Dame de Baudouin. Les habitants du village venaient après le personnel du château. Les vieillards, les impotents, les infirmes, les malades, se faisaient installer à leur fenêtre ou sur le seuil de leur logis, et se prosternaient au passage du Dieu des pauvres, des humbles, des affligés. Les reposoirs étaient ordinairement dressés à la porte d'une grange entr'ouverte, et tout se passait en pleine liberté. On ne se doutait guère, alors, que ces processions seraient un jour interdites dans le beau et catholique pays de Lorraine
Epoque bénie entre toutes, que celle où les manifestations de la foi soulevaient toute une paroisse en des élans d'émotion et d'amour envers le Christ Rédempteur. Toutes les fêtes religieuses donnaient des jours de joie et de repos.
Le jour de la Saint Jean, 24 juin, les jeunes gens du village faisaient un grand feu de joie, un peu au-delà des dernières maisons, d'abord au-dessus des hauts jardins, près de l'ancien village, _ puis , plus tard, à un large carrefour d’où partaient quatre chemins ceux de Hailly-Fouillis, de Bezange, de Marsal et de Moncel. Ce feu de joie était la bure de la saint Jean.
La veille quelques gars parcouraient la rue principale et les dépendances du château, traînant un chariot et quémandant, dans chaque ménage, un fagot pour la bure.
Le jour de la fête, aussitôt que la nuit était venue, ils élevaient un immense bûcher, au milieu duquel était planté une haute perche supportant un mannequin. Presque toujours, ce mannequin représentait quelqu'un qui avait mérité d'être fustigé. Ceci n'était guère Chrétien; mais on renonçait difficilement aux usages de l'époque où l'on brûlait les sorciers.
Aussitôt que le bûcher flambait, on rondiait tout autour en chantant de vieilles ballades. Tout le monde prenait part à ces réjouissances, jeunes et vieux, parfois même le curé, dont la présence empêchait les excès.
Avant de s'éloigner de la bure, quelques bonnes vieilles et quelques jeunes gens superstitieux ne manquaient pas de ramasser, à la dérobée, des braises éteintes pour les rapporter à la maison, où elles devaient préserver de l'incendie et des maléfices.
A la fenaison, quand un laboureur rentrait sa dernière charretée de foin ornée sur le devant d'une branche verte garnie de fleurs et de rubans, on tuait le chien. Nous ne connaissons pas l'origine de cette expression. Cela veut dire que maître, valets, manouvriers, faisaient ensemble un copieux repas, où l'on buvait sec, le tout aux frais du laboureur.
On en faisait autant après la moisson, lorsqu'on rentrait la dernière voiture de gerbes.
Pour la fenaison, il était d'usage encore de tremper la faux. La veille du jour où l'on devait commencer la coupe des foins, le laboureur invitait ses faucheurs à un marander où chacun buvait au moins sa pinte. Il nous a été conté, à ce sujet, que, pour tremper la faux à la fenaison de 1795, le père Lallement, un des principaux laboureurs du lieu fit boire à ses quatre faucheurs, en mangeant l'omelette traditionnelle, un pot, _deux pintes du vin de 1794, qu'on appelait le tue homme. Le patron et les quatre ouvriers, tous très robustes, se trouvèrent complètement ivres à la fin du repas. Et cependant, chacun avait bu, à peine, sa chopine, ou demi pinte. A peu de chose près, la pinte avait la contenance du litre. La récolte de 1794 avait été très faible, mais le vin très fort.
Jamais on ne travaillait aux champs le dimanche. Les anciens avaient coutume de répéter l'adage. "Ce que Dieu garde est bien gardé".
Entre les deux Notre-Dame, du 15 août au 8 septembre, les ménagères avaient l'habitude de faire, pour l'automne et le commencement de l'hiver, la provision de beurre et d'oeufs nécessaires aux besoins de la famille jusqu'au nouvel an. Cette coutume subsiste encore.
Quand arrivaient les derniers jours de septembre ou les premiers jours d'octobre, il fallait penser aux vendanges. Huit ou dix jours avant la récolte, des vignerons experts, désignés par le conseil des échevins, parcouraient la récolte et désignaient le ban, c'est à dire le jour avant lequel il était défendu de vendanger. Cet usage, qui durait depuis plusieurs siècles, avait un réel avantage: le but était d'obtenir du vin aussi bon que possible. Les Ducs de Lorraine avaient, à diverses reprises, rendu des ordonnances au sujet du ban des vendanges. En qualité de propriétaire de vignes, ils s'y soumettaient comme de simples particuliers.
Au jour désigné avant l'aurore, les familles partaient gaiement à la cueillette, les uns avec des chariots chargés de cuves, les autres avec l'antique tendelin, hotte en bois, très commode pour le transport des liquides.
Lorsque la récolte était satisfaisante, on entendait tous les soirs, et pendant tout le temps de la cueillette, des champs et des propos joyeux dans les chaumières des vignerons.
Après la fermentation du raisin, il fallait passer au pressoir banal, où se trouvaient, suivant une ancienne coutume, comme nous l'avons dit, les tonneaux du seigneur, du curé, et du maître d'école.
VII
Aux approches de l'hiver, quand les champs étaient dépouillés de leurs produits, les vergers de leurs fruits, les vignes de leur échalas _le village redevenait silencieux et morne.
Les enfants, rentrés à l'école, n'égayaient plus les travailleurs. Au lieu de leur joyeux et incessant habi (bavardage agréable et vif), on n'entendait guère que le bruit monotone et cadencé des métiers à tisser, le grincement des scies des menuisiers, charpentiers ou charrons. Les fléaux battaient en mesure dans les granges; les cordonniers frappaient, de leur marteau, la semelle des gros souliers pour la durcir. Le seul souci des laboureurs était d'aller, de temps à autre, faire couler l'eau qui circulait dans les sillons.
Il ne faut pas s'imaginer, toutefois, que la saison des frimas fut sans agrément. Le paysan trouvait assez souvent le moyen de se distraire et d'échapper, autant qu'il le pouvait, aux ennuis d'un repos forcé. Néanmoins ce n'est qu'a l'occasion des fêtes du calendrier qu'il se permettait quelque réjouissance.
Noël et la messe de minuit lui procuraient quelques joies, après six semaines de battage en grange. La soirée du 24 décembre se passait gaiement entre plusieurs familles réunies; puis l'on allait ensemble saluer par de vieux noëls, la naissance du Sauveur. C'était même une coutume que le berger communal allât à l'offrande, pendant la messe de minuit, le chapeau de toile cirée sur la tête, ayant son chien en laisse, tenant d'une main sa houlette et portant, sur l'autre bras, un agneau enrubanné, premier-né de son troupeau. On offrait ainsi, à l'enfant né dans la crèche, les prémices de l'année. Cette coutume s'est conservée dans certains villages.
Chaque ménage faisait ensuite le réveillon, et, après un court sommeil, on se retrouvait, dès l'aurore, dans la pauvre église où l'on assistait à tous les offices de la journée.
Le lendemain, jour de Saint Etienne, était spécialement réservé aux engagements des valets de ferme et des domestiques du château. Ce jour là, du matin au soir, ils avaient liberté entière, étaient dispensés de tout service. Ils touchaient leurs gages de l'année écoulée, recevaient des arrhes pour celle qui commençait. Cet usage datait de l'époque lointaine où l'année commençait à Noël, et non au premier janvier. C'est par une ordonnance de Charles IV, Roi de France, en 1564, que cette année-là même finirait le 31 décembre au lieu du 25, comme auparavant.
Le veille de l'Epiphanie, les jeunes gens qui soufflaient le charbon, jouaient aux gages et à certains autres jeux qu'il serait fastidieux de décrire; par exemple: la grande jambe, le savate, etc. on mangeait en famille le gâteau des Rois, acclamant le Roi ou la Reine qui avait trouvé la fève traditionnelle dans la portion venue, par hasard entre ses mains. La part à Dieu était soigneusement mise de côté; quelques ménagères la plaçaient sur le bord de la fenêtre, pour les passants besogneux: on la donnait quelquefois aux premiers indigents qui venaient chanter, sur la porte d'entrée, le couplet si connu:"" donnez, donnez, la part à Dieu, etc..""
Dans les réunions dont nous parlons, il ne s'agissait point des repas copieux et interminables que l'on fait maintenant, dans les campagnes, à certains moments de l'année. La mère de famille tuait une volaille de sa basse-cour, décrochait, de la vaste cheminée, un jambon fumé ou une saucisse, elle ajoutait parfois une omelette à ces deux plats substantiels; on buvait quelques pintes du petit vin des vieilles vignes, tenu en réserve au cellier; voila tout le festin. Mais quelle gaieté gauloise régnait parmi les membres de la famille.
Dans le courant de l'année, quoiqu'ils eussent des vignes, les paysans buvaient de l'eau des fontaines; ils mangeaient du lard et des légumes verts, du laitage et des légumes secs _ suivant que les jours étaient gras ou maigres.
La pomme de terre était alors inconnue en Lorraine. Les premières furent plantées) à Sornéville en 1776. Elles étaient cultivées en Allemagne depuis 1750 environ. Parmentier, fait prisonnier à Hanovre en 1757 en mangea et résolut d'introduire et de propager, aussitôt remis en liberté, la culture en France de ce précieux tubercule, ce qu'il fit vers 1785. Mais, d'Allemagne, l'usage s'en répandit, de proche en proche, d'abord en Alsace vers 1760, puis à Sarrebourg et aux environs. En 1776, dix à douze femmes de Sornéville accompagnées de quelques-uns de leurs enfants, s'en allèrent à pied, la hotte au dos, jusqu'à Sarrebourg; acheter des tubercules pour semences. Le trajet est de 50 kilomètres au moins à l'aller, ce qui fait 100 kilomètres pour le voyage. Entre autre il y avait Catherine Drouin, accompagnée de son fils Pierre Gallier, notre aïeul, qui avait alors 14 ans. Tous rapportèrent une hottée de pommes de terre, qui furent plantées et qu'on appela des salbottes (en patois: salbot désigne la ville de Sarrebourg). La meilleure variété rapportée fut appelée Baudouine, en souvenir de messire de Baudouin, ancien Seigneur de Sornéville.
Les vignerons se gardaient d'oublier de fêter Saint Vincent, leur patron, le 22 janvier. La confrérie, établie depuis des siècles dans la paroisse de Sornéville, assistait en corps à la messe.
A la Saint Blaise, le 3 février, les laboureurs ne manquaient point à l'office du matin après avoir fait porter près du choeur, par les valets de charrue, des corbeilles contenant du son, du pain, du sel et de l'avoine. Le prêtre bénissait ce mélange, que l'on avait soin de distribuer ensuite aux bestiaux.
Puis venait le fête des Brandons ou des Fexnattes, premier dimanche de Carême. Aussitôt qu'il faisait nuit, quelques jeunes gens se juchaient dans les branches du gros marronnier qui existe encore aujourd'hui (1889) entre l'église et le château, et qui est très vieux. D'autres grimpaient sur deux énormes poiriers qui étendaient leurs branches noueuses, séculaires, près de la Dehatte, au haut de la ruelle du moulin.
Les premiers criaient:
""_je donne! Je donne!
Les autres répondaient:
""_A qui? A qui?
""_Une telle à un tel ""
Et l'on tirait pour chaque couple, quelques coups, à blanc, d'une vieille espingole. On faisait ainsi une sorte de fiançailles, consacrant des projets déjà arrêtés dans les familles, et connus des amis seulement. Quelquefois aussi, voulant égayer les gens du village, on assortissait des couples pour prêter à rire: vieux et vieilles célibataires, vieux veufs, etc. quelques jours auparavant on s'était renseigné sur les projets matrimoniaux.
Le dimanche suivant, les gars de la paroisse faisaient visite aux jeunes filles, en recevaient des pois de pxi (?), sorte de croquignoles qu'elles faisaient elles-mêmes.
Mœurs et coutumes aussi simples que touchantes.
Les gens qui avaient quitté la commune dont ils étaient originaires pour habiter celles des environs, _on allait rarement au loin, _revenaient au berceau de la famille deux fois par an: le jour des trépassés ou des âmes, _et le jour et le lendemain de la fête patronale. Celle-ci avait lieu, comme aujourd'hui, huit ou quinze jours après la saint Martin, patron de la paroisse. Le second jour, lundi de la fête, est célébré, de temps immémorial, un service pour les défunts de toutes les familles. Les forains nés au village tiennent essentiellement à venir, tous les ans, prier sur les tombes de leurs proches parents décédés.
On ne saurait se faire, aujourd'hui, une idée exacte de la joie de se revoir qu'avaient alors les membres vivants d'une famille, issus d'une même souche et dispersés. Les belles routes, les voies ferrées, ont remplacé les vieux chemins boueux, rarement empierrés; et, par les facilités qu'elles offrent, favorisent les réunions fréquentes des enfants épars d'un nid commun. Les festins des fêtes patronales, de même que les foires de l'ancien temps, n'ont plus de raison d'être.
Pendant tout l'hiver, de la Saint Martin au premier jour de Carême, les femmes se réunissaient, aussitôt qu'il faisait nuit, chez l'une d'entre elles, par groupe de cinq ou six, quelquefois huit ou dix. Elles soupaient habituellement à la chute du jour. Tous les soirs, excepté le dimanche, elles travaillaient jusqu'à dix ou onze heures, filant le lin ou le chanvre récoltés, où tricotant la laine fournie par les brebis, pour des bas, des casaquins (1) de chauds jupons. Chaque veilleuse payait sa quote-part dans la dépense d'éclairage et de chauffage de la chambre ou l'on s'assemblait et qu'on appelait lo pâle. On disait: " aller à pâle" pour : "aller au poêle", _à la veillée.
(1) corsage de femme)
La gaieté la plus franche régnait constamment parmi ces simples et laborieuses ouvrières. Elles chantaient quelquefois de pieux cantiques, quelquefois de vieilles chansons, transmises, dans les familles, de la grand-mère à la petite fille. Elles récitaient souvent le chapelet à haute voix, _ou parlaient des fées, des tiercets, etc.
Vers huit heures, milieu de la soirée, il y avait sortie générale, pendant quelques minutes, afin de respirer l'air pur du dehors et de se reposer un peu. Au milieu de l'hiver, les veilleuses racinaient ou plumait la grive, faisaient un frugal repas, à frais communs.
On raconte qu'un soir de rude hiver de 1709, qui eut des conséquences si terribles et si désastreuses, il pleuvait à torrents à l'heure où la veillée commençait. Le temps ne s'éclaircit point; mais, vers neuf heures, le vent sauta brusquement au nord et refroidit considérablement l'atmosphère. A onze heures, au moment où les bonnes femmes sortaient pour retourner à leur logis, elles furent arrêtées par une barrière d'un nouveau genre: de l'extrémité des toits jusqu'au sol, les gouttières formaient des glaçons. Chaque ligne de tuiles avait fourni sa colonne de glace. Il fallut les briser pour se frayer un passage.
Pendant cette saison des veillées, les gars désoeuvrés parcouraient le village, par les nuits sèches au clair de lune. Ils frappaient aux fenêtres des veilloirs, demandaient à dâïller, c'est-à-dire à entrer en conversation grivoise, en disant ce seul mot: "d'amour ?". Ils avaient soin de contrefaire leur voix, pour n'être point reconnus. On leur répondait parfois; mais parfois aussi, on les laissait se morfondre sous la bise et le froid, sans leur dire un mot.
Les dâïllats et les réponses qu'on y faisait étaient des épigrammes en vers, avec rimes plus ou moins correctes. Tout cela se disait ordinairement en patois, et avait plus de sel qu'en Français. Les veilleuses coupaient cours au dialogue aussitôt qu'il devenait trop graveleux.
Voici deux dâïllats qui doivent être dit en patois:_
j'vos vends lè gironflèye;
ve weyez-t'i lè bin coëffêye?
E case que l'a bin bèveye,
Elle crô qu'on paîle de leye!
J'vos vends lè mieutise;
Ne d'hez point de bêtise;
Pailez-nos pôliment,
Ve s'rez émi de nos gens ;
Je vous vends la giroflée;
Voyez vous la bien coiffée?
A cause qu'elle est bien lavée,
Elle croit qu'on parle d'elle!
Je vous vends le myosotis:
Ne dites point de bêtise;
Parlez-nous poliment,
Vous serez amis de nos gens.
Le premier est une provocation; le second est une riposte.
Nos pères étaient fort attachés à ce patois lorrain si expressif, parfois si énergique, ayant des notes et des tournures qu'il est impossible de rendre en un autre langage. Ils comprenaient parfaitement la langue française; mais ils n'en usaient que dans leurs écrits.
Les paysans d'abord fréquentaient peu la ville, parce qu'ils avaient peu de besoins, se contentant, pour vivre, de leurs produits. Il y en avait même qui, arrivés à la vieillesse, n'avaient jamais vu Nancy, capitale de la Lorraine, dont ils n'étaient éloignés que de quatre à cinq lieues. En revanche, ils fréquentaient ordinairement les foires, ou rapports, qui se tenaient dans les environs: à Vic, le 25 juillet, fête de la Saint Christophe; on y achetait des faucilles pour la moisson; à Sainte Marie au bois, près de Bezange, le 8 septembre, fête de la nativité. On accourait de loin à ce rapport, qui était en même temps, but de pèlerinage. Sainte Marie au bois était d'ailleurs, un lieu charmant, surtout en septembre. Le prieuré de Bénédictins (1) était entouré de trois côtés, et seulement à une distance de quelques toises, par de magnifiques forêts. A la place du prieuré, il n'y a plus aujourd'hui qu'une maison de ferme, et la chapelle sert de dépôt de fourrage et de grenier. Le moulin qui en dépendait existe encore à peu de distance.
(1) religieux de l'ordre de Saint Benoît
Des scènes burlesques se produisaient à certaines occasions. Nous en citerons deux sortes.
Lorsqu'un veuf ou une veuve convolait à un nouveau mariage, c'était la coutume de les bassiner; pendant plusieurs jours avant la bénédiction nuptiale, coutume à laquelle on se conforme encore à présent dans certains villages. Bassiner signifie: faire un charivari, un tintamarre, devant la maison de chacun des futurs époux. Un grand nombre de personnes, presque toujours des jeunes gens, se réunissaient le soir et frappent ensemble à coups redoublés, sur des ustensiles qui résonnent d'une façon désagréable: arrosoirs, chaudrons de cuivre, bassinoires, pelles à feu et pincettes, platine de four, etc. Ce vacarme assourdit les voisins et ne manque jamais d'exciter la colère des conjoints.
Voici la seconde coutume dont nous voulons parler.
Lorsqu'un mari avait été frappé par sa femme, ce qui n'est guère dans l'ordre habituel, et que le fait avait été appris par les autres habitants, on forçait le voisin à monter à cheval, la tête tournée vers la queue de l'animal, et on le promenait dans le village, malgré sa résistance. Il fallait le punir d'avoir laissé battre son compère. De temps en temps, on lui offrait à boire, se préparant à lui essayer la bouche, après une rasade, avec un balai de genêts. Ceci amenait quelquefois des rixes et des inimitiés entre les familles; cet usage ne peut être que blâmé.
Malgré la vivacité de leur foi, un grand nombre de paysans se laissait encore aller à la superstition. Ils croyaient aux sorciers, aux fées, aux tiercets (ogres), aux guérisseurs par le moyen du secret.
Extirper ces croyances malsaines du milieu de nos populations est, parait il, chose bien difficile, puisque aujourd'hui encore on consulte les tireuses de cartes, les somnambules, et on a recours, comme autrefois, aux guérisseurs par le secret.
