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Village Lorrain au XVIIIèm siécle 1

 Une famille de paysans  
Jacques Aubry

             

 

    

                       Jcaques Aubry naquit à Sornéville en 1681. Il avait déjà de l'âge lorsqu'il épousa Quirine Rougieux, qu'on surnommait la "Queurine". Aubry était un brave paysan, très serviable, très pieux, plein d'énergie, parlant peu, réfléchissant sur toutes choses, agissant toujours avec droiture. Mais, pour nous servir d'une expression familière, il était têtu comme un mulet de provence. Une fois qu'une idée s'était fixée en son esprit, il s'y tenait, malgré toutes les observations qu'on eût pu lui faire.

 

               Jacques et la Queurine vécurent ensemble plusieurs années sans qu'un enfant vînt égayer leur foyer. Enfin ils eurent la joie, en septembre 1724, de faire baptiser leur premier-né, Joseph. Grande, sèche, très nerveuse, la Queurine n'avait pas un caractère accommodant. Elle n'était pas méchante, mais grincheuse, éprouvant sans cesse le besoin de gronder quelqu'un à la maison. 
            Dans sa jeunesse, Jacques avait appris l'état de cordonnier. Ce métier lui apportait peu, car il n'avait à chausser que le personnel domestique du château et trois ou quatre familles du village. Et puis, les chaussures de ce temps là duraient plusieurs saisons. On ne se servait des souliers qu'au beau temps, pour aller aux champs. En hiver, on portait des sabots. D'ailleurs, la commune n'était guère peuplée, nous l'avons déjà dit. En 1705, Jacques avait 25 ans, on ne comptait pas plus de 40 âmes dans la paroisse, le château excepté. En 1710, d'après un renseignement puisé à bonne source, il y avait exactement 51 personnes. Ce n'est qu'à la fin du XVIII siècle que la population s'éleva au chiffre de 500 .
              Pour augmenter ses ressources et subvenir à l'entretien d'une nombreuse famille dont il était l'aîné, aucune besogne ne répugnait au jeune Aubry. Il sollicita et obtint l'emploi de hardier, ou pâtre communal, qu'il exerça plus de 10 ans, à la grande satisfaction de toute la communauté. Il ne quitta ce modeste emploi que pour celui de garde du droit de sauvegarde et de bangard, et était payé 100 livres par an, moitié par le Seigneur, moitié par les habitants. C'était du pain pour lui et sa famille. Après avoir fait sa tournée quotidienne sur le ban, il pouvait travailler à son établi de cordonnier. 
                A l'époque où il était pâtre, on apportait souvent à ses parents des secours en nature, laitage et œufs, tranches de lard fumé et de jambon, en témoignage de contentement pour les bons soins qu'il donnait à son troupeau. Le brave garçon se privait quelques fois du nécessaire, pour que le reste de sa famille mangeât à sa faim. Vivant alors presque, tous les jours dans la solitude des champs, il s'était pris à aimer le silence majestueux de la nature. Pendant les longues journées qu'il passait habituellement dehors, il n'avait d'autres préoccupations que de surveiller ses bêtes, parfois trop capricieuses, ou de gourmander ses chiens quand ils se montraient récalcitrants. 
               Le soir Jacques Aubry reprenait l'alêne et le tire-pied, et veillait assez tard pour réparer les chaussures qu'on avait apportées dans la journée. 
             On le trouvait taciturne, au village ; c'est la seule chose qu'on eut à lui reprocher. A cet état d'esprit, il n'y avait pourtant rien qui dût surprendre: son genre de vie autant, au moins, que son tempérament, en était le principale cause. On aurait pu reconnaître aussi qu'il était accablé de soucis au sujet de l'entretien des nombreux membres de la famille.                
             Comme il était connu et apprécié pour un homme de sens droit, ses avis avaient d'autant plus de poids qu'ils étaient plus rares et plus réfléchis. 
              Lorsqu'on le rencontrait aux champs, il était presque toujours debout, appuyé sur sa longue houlette , son cornet de fer-blanc passé en sautoir, le rosaire à la main, priant de tout cœur la vierge Marie pour sa famille, se concitoyens, son cher pays de Lorraine et son gracieux Souverain. 
             Dans la simplicité, il ne trouvait rien de plus beau que les spectacles variés et grandioses de la campagne, le silence profond et solennel des grands bois, l'harmonie incomparable des milles bruits qui se produisaient au loin et qui, en arrivant à lui, se confondait en un magnifique chant d'amour envers le Créateur. Il levait fréquemment les yeux vers le ciel azuré, bénissant et remerciant Dieu de lui avoir inspiré, à lui, le plus pauvre des paysans, le sentiment des beautés de la création, et demandant, comme bien suprême, la paix de l'âme. 
               Pendant le belle saison, il recueillait des simples (1), et revenait rarement au logis sans en avoir fait une ample provision. Il en connaissait les propriétés, par tradition de famille ; elles étaient destinées aux gens atteints de maladie. 
               (1) plantes, variétés végétales aux vertus médicinales
             Bon et obligeant, toujours prêt à rendre service aux autres, suivant ses moyens, il était estimé de tous. Respirant constamment l'air vif et pur des champs, il jouissait d'une santé robuste. Au surplus, il vivait très sobrement, subissait sans le moindre murmure, stoïquement, les inconvénients de la neige, des fortes gelées, des bourrasques, en hiver ; de l'ardente chaleur ou des violents orages, en été. Même les jours où il avait souffert de l'inclémence du temps, il visitait encore des malades à son retour.
           D'une taille au-dessus de la moyenne entièrement rasé, selon la mode du temps, il revêtait, en hiver, un grand rochet de droguet vert qui lui tombait sur les jambes, avec deux vaste poches, en arrière. Par-dessus, il avait une veste, ou colletin, de même étoffe, qui descendait jusqu'au milieu des cuisses ; puis des culottes courtes, également en droguet, serrées au-dessus du genou par une bande, avec boucle d'acier. Cette bande d'étoffe tenait, en même temps, les grands bas de laine foulée. Les souliers ferrés portaient aussi des boucles d'acier. La coiffure était le chaud bonnet de poivre-sel. Par les grands froids ou les pluies persistantes, il jetait sur ces épaules, une sorte de casaque en peau de bouc ; un bonnet de même provenance, avec oreillettes, remplaçait le poivre-sel. Mais alors ses bas de laine étaient recouverts de grandes guêtres en toile d'étoupe. 
            En été, son accoutrement était des plus simples. Les vêtements étaient de même forme qu'en hiver, mais en toile, rayée bleus et blanc. C'est ce qu'on appelait grisette ou mélangé, nouvelle fabrication introduite dans le pays par les tisseurs que le Duc Léopold y avait appelés. La coiffure était le tricorne en peau de castor, ou le chapeau plat en toile cirée. 
              Quelle que fût la saison, et par une longue expérience, Jacques Aubry  pouvait se rendre parfaitement compte de l'heure, en constatant la hauteur à laquelle le soleil était parvenu au-dessus de l'horizon. Les campagnards de ce temps là ne portaient pas encore la montre à gousset ; acquérir les objets de luxe était au-delà de leurs moyens. 
                Le coin de terre où Jacques aimait à faire pranzier (1)son troupeau de porcs et de chèvres était une lande isolée, en friches, dans la taille profonde et large loin du village, entre deux forêts. Cette lande formait une sorte de cirque environné de hauteurs boisés, d'aspect sauvage, d’où sortait deux sources abondantes: Macly-Fontaine, dans la gorge la plus rapprochée ; et la pierre levée, dans la plus éloignée, au milieu de fourrés inextricables. Ce canton s'appelait, les friches de faux, ou les friches de la faille. 
                 (1) dans le milieu du jour lorsqu'ils sont bien repus, les troupeaux qui vont en pâturage se couchent pour se reposer, ruminer et digérer. C'est, en patois ce qu'on appelle pranzier. 
                Il y avait là des chênes et des hêtres clair-semés, plusieurs fois séculaires, sous lesquels Aubry trouvait d'excellents abris, tout en rêvant aux vicissitudes des temps. Tandis que son troupeau mangeait la glandée ou les brindilles nouvelles, le pâtre recueillait, sous les hêtres, les faînes dont il retirait sa provision d'huile pour l'hiver. 
              En passant de longues journées dans la solitude de ce beau vallon, il s'était mûri le caractère et avait pris l'habitude, vivant seul entre ciel et terre, d'élever souvent son esprit vers les choses du monde supérieur. Il devenait peu à peu, à son insu, un vrai philosophe chrétien. De loin en loin, il était distrait de ses rêveries et de ses oraisons par le passage, à travers la lande, de quelque paysan qui allait ramasser du bois mort ou par quelque bûcheron se rendant à son travail dans la coupe en exploitation. 
               Jacques Aubry était toujours armé, en hiver, d'un vieux fusil très court que lui avait légué son père. Il le portait en bandoulière, en même temps que son grand cornet de pâtre (le cône), et s'en servait quelques fois contre les loups qui venaient rôder près de son troupeau.     
              Lorsqu'il abandonna son métier de hardier (1)(hedjer) pour devenir garde des droits de sauvegarde et bangard, les habitants lui confièrent aussi la surveillance de leurs bois communaux. Il accomplissait, d'une même tournée, les devoirs de ses divers emplois, et passait son temps libre à ressemeler les chaussures. C'est à l'époque où il devint garde qu'il songea au mariage et épousa la Queurine. A partir de ce moment, le châtelain lui céda quelques jours de terre en ascensement (2)et la femme Aubry les cultiva. 
                Avec beaucoup de travail et d'économie, ils furent à l'aise au bout de quelques années. La Queurine avait hérité de la petite maison qu'avaient habitée ses parents qui était tout leur avoir. Le ménage Aubry nourrissait une vache, une chèvre, quelques brebis, et un ou deux porcs. Le temps des angoisses était passé pour Jacques. 

(1) Gardien d'un troupeau, ou harde 
(2) terres données par le Seigneur, en usufruit, moyennant une faible redevance annuelle, à peu près équivalent à la contribution foncière d'aujourd'hui. 
 

 

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_Notre village natal
est toujours le plus
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Citation:
_La mémoire est
l'avenir du passé
_Citation:
_Qui ne connaît
pas le passé, ne
comprendra pas
l'avenir
Citation:
_Il ne faut jamais
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Citation :

Un homme sans mémoire

 de son passé
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 sans racine.
Notre devise:
_Tout faire pour
que l'histoire de
notre village puisse
continuer à s'écrire..
_Rassembler les
souvenirs pour que
les générations à
venir comprennent
et n'oublient pas

citation:

Toute idée humaine

qui prend le passé

pour racine,

a pour feuillage l'avenir

proverbe Chinois

Oublier ces ancêtres,

c'est être un ruisseau sans source,



 

 

 

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