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Village Lorrain au XVIIIèm siécle 1

 

Voyage à Lunéville 

 

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                    Le soir même du jour où le jeune comte avait quitté ses hôtes de Sornéville. Anthoine vint passer une heure avec ses parents, comme les exigences de son service ne l'en empêchaient point. 
                Son père avait perdu beaucoup de son activité depuis qu'il avait abandonné ses fonctions de garde. Il vieillissait plus vite que ne le comportait son âge. 
                 Anthoine avait une très vive affection pour ses frères, et en particulier pour le plus jeune, Jean Joseph. Les trois fils Aubry n'étaient complètement heureux que lorsqu'il leur était possible de passer, sous les yeux de leurs parents, quelques heures ensemble. L'amour fraternel et l'amour filial dominaient en eux toutes les autres affections.  
              Le cadet raconta ce soir, en famille, ce qui s'était passé dans la journée, entre lui et le capitaine de dragons. Il était fier des paroles qu'avait daigné lui adresser, le jour de l'accident, le Roi Stanislas. Mais aussitôt qu'il eut fait connaître son refus au sujet de la bourse qui venait de lui être offerte par le comte, la Queurine lui fit d'amers reproches.    
      ""_Nous serions riches pour le restant de nos jours, dit-elle !   
      "" _Femme, répondit Jacques Aubry, le devoir et le dévouement ne se payent point, surtout avec de l'or. Nous sommes maintenant à l'aise et n'avons point l'habitude de dépenser mal à propos. Quelques louis de plus n'ajouteraient rien à notre tranquillité, au contraire. Mais fussions nous encore plus pauvres qu'autrefois, il faudrait néanmoins refuser le payement d'un service. Mieux vaut être dans la paix de l'âme et goûter au bonheur que procure le dévouement à autrui, que d'être exposé à l'envie des gens qui manque du nécessaire. On ne vend pas ses services. Tu as bien fait, Anthoine ; tu as agi en honnête homme. Je suis content de toi. 
                   La Queurine baissa la tête et ne dit plus mot. 
                   Huit jours après, Anthoine, et Jean Joseph, qui avait exprimé à son frère le désir de l'accompagner, se mirent de bon matin, en route pour Lunéville. Ils allaient à pieds, comme bien on pense. La distance de Sornéville à Lunéville étant de quatre lieues et demie de poste, ils espéraient arriver en ville sur les neuf heures. Et en quittant Lunéville vers quatre heures après midi, ils pouvaient être de retour au village à huit heures, au plus tard. 
                 L'aîné des deux frères portait son costume de garde ; veste demi-longue en gros drap vert foncé, serrée à la taille par une ceinture de cuir ; coiffure en cuir épais et bouilli, ayant forme de casquette, avec couvre-nuque ; grandes guêtres également en cuir. Ses longs cheveux noirs, bouclés naturellement, lui tombaient sur les épaules. A la main, il avait un lourd bâton d'épine, aux nœuds saillants, arme redoutable entre ses mains. 
                Son frère, âgé de 17 ans, paraissait presque aussi vigoureux que lui. Il était vêtu comme l'étaient ordinairement les laboureurs aux jours de dimanche et de fêtes, avec un joli tricorne qu'il portait crânement. Tous deux étaient de solides gars, ayant bonne mine, de taille élancée, endurcis à la fatigue, aux jarrets d'acier. La longue course qu'ils entreprenait, neuf lieues et plus, aller et retour, dans des chemins pierreux et mal entretenus, était loin de les effrayer. Ils traversèrent de leur pas allongé, Hoéville, Serres, Einville dont ils longèrent le parc ducal, appelé le Jard, et du haut de la seconde côte de la Rochelle, aperçurent Lunéville, avec son magnifique château et les tours jumelles de la nouvelle église Saint Jacques. Ils s'arrêtèrent un instant pour contempler le panorama qui se déroulait devant eux, depuis les hauteurs de Vitrimont, au couchant, jusqu'aux limites de l'horizon, dans la vallée de la Vezouse, au levant.  
               Une demie heure après, ils entraient dans la cité par le faubourg d'Einville, traversaient deux ponts, passaient devant les casernes, puis devant le château, bâti récemment par Léopold et résidence actuelle de Stanislas, duc viager de Lorraine et de Bar.
              Nos jeunes paysans ne cessaient d'admirer tout ce qu'il voyaient. C'étaient la première fois qu'ils pénétraient dans une ville aussi peuplée.    
            Anthoine se renseigna sur la demeure du comte de Bréhant. Après bien des avis contradictoires, ils trouvèrent l'hôtel qu'il habitait, rue des Capucins. Ils heurtèrent la porte extérieure, que leur ouvrit un domestique en livrée, et entrèrent. Il y avait, dans cette maison, rien qui dût les étonner ; car ils allaient souvent au château de Sornéville, où se retrouvaient toutes les habitudes de luxe auxquelles se livrait la noblesse de cette époque. 
              Les deux frères attendirent quelques instants dans une antichambre, puis furent introduis près du jeune comte, qui reconnut Anthoine sur le champ et lui demanda le nom du jeune garçon qui l'accompagnait. 
            "" _C'est mon frère, messire. Comme il n'a jamais vu la ville, pas plus que moi, d'ailleurs, il a désiré faire le voyage avec moi. Nous nous aimons beaucoup et nous séparons le moins possible. D'autres part, il n'a pas voulu me laisser faire seul un trajet qu'il croyait long et difficile, et qui n'est en réalité, qu'une promenade pour nous. 
         ""  _Soit le bien-venu, mon jeune ami. Si tu as l'énergie de ton frère, tu peux être assuré de faire ton chemin dans la vie . 
              Puis le capitaine, qui était célibataire, les introduisit dans le salon richement meublé, où la comtesse douairière de Bréhant Bihy, les attendait et où elle leur fit le plus cordial accueil. 
              Madame la comtesse était veuve. Aussitôt que son fils unique eut été pourvu d'une compagnie et nommé chambellan du Roi, elle n'avait pas voulu laisser seul, au milieu des séductions de la cour, un jeune héritier sans expérience de la vie. Elle avait donc quitté son vieux manoir de Bretagne pour diriger la maison du capitaine. Elle n'avait guère que quarante cinq ans, était belle encore et d'allure imposante. 
                 Devant cette grande dame, nos deux paysans perdirent leur assurance habituelle, se tinrent à deux pas de la porte et se courbèrent profondément pour la saluer. Ils n'osaient faire un pas de plus. Mais la comtesse, toujours affable et gracieuse, vint au devant d'eux, les prit par la main et les emmena au milieu du salon, suivis du comte, qui s'empressa de faire connaître à sa mère quel était le compagnon d'Anthoine. 
               Elle adressa la parole à ce dernier. 
             ""_Et bien, jeune homme, dit-elle, il semble que vous avez peur en ce moment? Cependant, D'après ce que j'ai appris, vous aviez plus de sans froid, il y a huit jour, dans la forêt. Vous avez accompli ce jour-là un acte de courage que vous envient tous les gens de cœur. Pour ma part, je suis heureuse de pouvoir vous remercier de votre dévouement, et de vous féliciter de votre intrépide intervention. Nous voudrions, M. le comte et moi, vous être utiles. Que pouvons nous faire pour vous? Parlez sans crainte : vous êtes ici chez des obligés.  
               Anthoine releva la tête. Des paroles si cordiales, sorties de la bouche d'une belle et noble dame, lui donnaient un petit grain de fierté. Mais il se calma aussitôt. 
              ""_Madame, je n'ai point d'autres ambition que celle de rester garde-chasse au service de messire de Baudouin de Sornéville. Pour suivre mes goûts, j'aurais aimé m'enrôler comme soldat, avec l'espoir de porter un jour la hallebarde ; mais je veux obéir à mon devoir, non à mes préférences. Nous sommes de pauvres gens, habitués au travail, contents de notre modeste situation, vivant en paix sous l'autorité de notre bon et généreux Seigneur. Que pouvons nous espérer de plus? D'ailleurs, ce que j'ai fait n'était que l'accomplissement bien strict de mon devoir. Tout homme de cœur aurait agi de même. Nous vous remercions bien respectueusement, Madame la Comtesse, de la sollicitude que vous voulez bien nous témoigner et de l'honneur que vous nous faites en recevant si affablement de jeunes paysans comme nous. 
           ""__ Je n'insiste pas en ce moment, mes braves enfants, et vous rend votre liberté pour quelques heures. Allez voir la ville, et revenez à midi précis, pour le dîner. 
                  A cette époque, on déjeunait le matin, on dînait à midi, on soupait le soir. L'habitude du grand monde, particulièrement du monde qui s'amuse, n'était point encore prise de faire du jour la nuit, et de se lever à midi, pour déjeuner. On n'appelait pas encore matinées les spectacles qui se donnent dans l'après midi.  
                En sortant de l'hôtel, les deux frères se rendirent d'abord à l'église saint Jacques, dont ils avaient admiré les deux tours du haut de la colline.  Ils trouvèrent merveilleuses, les comparant à celles de leur pauvre église de Sornéville, l'architecture et la décoration intérieures. Ils s'agenouillèrent et prièrent avec ferveur. 
                  Ils allèrent ensuite visiter le château, palais grandiose et vraiment Royal, qui les étonna par ses vastes proportions, son architecture, son ensemble incomparable. Ils se promenèrent dans le parc qui s'étend à la suite des pavillons principaux et qu'on appelle : les Bosquets. Ils se réjouirent à la vue des moulins et autres constructions élevées en contre bas des bosquets, et que l'eau d'un canal spécial faisait mouvoir, pour l'amusement des habitants de la ville et des troupes de la garnison. La pensée des jeunes gars se reporta aussitôt sur le bon Duc Léopold, qui avait fait édifier toutes ces choses merveilleuses, et dont leur père leur avait tant parlé dans leur enfance. Ils remerciaient Dieu d'avoir donné à la Lorraine un souverain aussi sage, aussi populaire, aussi dévoué à l'amélioration du sort de ses sujets que l'avait été Léopold.
             . Ils parcourent les principales rues de la ville. Ce qui les intéressa par-dessus tout, lorsqu'ils suivaient le dédale des ruelles du quartier du puits content, fut le coquet uniforme des Gardes Lorraines, régiment alors en garnison à Lunéville. Ils admiraient aussi les brillants équipages de la cour. Anthoine aimait voir l'allure dégagée des soldats. La tenue des Gardes Lorraines ne pouvait, en effet, que plaire à des paysans qui n'avaient jamais vu que le sombre et très simple vêtement des habitants du village.   
              Voici quel était l'uniforme des Gardes Lorraines, en 1752. : 
              Habit, collet et parement bleus, avec agréments blancs sur l'habit ; doublure, veste et culotte blanches ; boutons blancs ; pattes ordinaires garnies de trois boutons, et autant sur les manches ; chapeau bordé d'argent, forme dite : en lampion. 
               
Le drapeau était blanc, avec croix blanche. 
               Le Prince de Beauvau, maréchal de camp, était alors colonel lieutenant de ce régiment.  
                A midi précis, nos deux promeneurs se retrouvèrent à l'hôtel de Bréhant. On les fit entrer dans la salle à manger, où Anthoine fut aussi heureux que surpris de rencontrer le grand louvetier, comte de Chabo, qu'il avait plusieurs fois accompagné dans les battues faites aux bois de Faux, et qui désirait revoir le jeune garde chasse.
               La table n'était occupée que par cinq personnes : la comtesse de Bréhant, son fils, le comte de Chabo, les fils Aubry, qui se trouvaient assez mal à l'aise, n'ayant jamais été admis en si noble compagnie.
              Un dîner succulent fut servi, pendant lequel les deux villageois furent longuement questionnés. Jean Joseph d'une nature très timide, osait à peine parler.  Anthoine avait plus d'assurance, parce qu'il avait beaucoup de sang-froid, et il répondit simplement, mais avec la plus entière franchise, aux questions qui lui avaient été adressées. Il fit connaître la situation de sa famille, le désir qui s'était emparé de lui, ce jour-là même, d'être soldat, et celui de son frère, de devenir régent d'école. Mais il eut soin de déclarer qu'aucun d'eux ne pouvait prendre un parti avant que leurs parents fussent à même de se passer de leur aide. Il dit que le père Aubry avait cessé, l'année précédente, de garder les forêts communales, à cause de son grand âge, il avait 71 ans, et que, par suite de ce repos forcé, les ressources du ménage avaient diminué. Pour prendre, relativement à leur carrière, une décision définitive, il fallait donc attendre à plus tard, et continuer à se dévouer pour les vieux parents. Il est vrai que le désir d'Anthoine, d'entrer dans un régiment, était devenu très vif depuis qu'il avait été séduit par l'élégant uniforme des Gardes de Lorraines.  
                Le repas terminé, et avant que les jeunes Aubry prissent congé, le capitaine dit au garde chasse : 
              ""_Mon ami, j'ai rencontré envers toi une dette qui ne peut se payer que par la reconnaissance et l'estime dont je tiens à te renouveler le témoignage aujourd'hui. Ces sentiments, j'espère les conserver toujours. Si tu veux être soldat, nous serons heureux, M le Comte de Chabo et moi, de te faciliter un enrôlement dans nos vaillantes troupes, et de te venir en aide, autant que nous pourrons, pour que tu puisses suivre honorablement la carrière des armes. 
               Tu as refusé, pour toi-même, une première récompense que je t'avais offerte. Je ne connaissais pas alors l'élévation de tes sentiments. J'honore la noblesse de ton caractère et ton désintéressement. Mais puisque ton digne père, en raison de son âge, n'a pu continuer son emploi, accepte pour lui, qui a droit d'être fier d'un fils que nous voulons compter parmi nos amis, ce que ma fortune me permet de faire pour lui assurer une tranquille vieillesse. Ceci est donc pour ton brave homme de père.  
              Et il remit à Anthoine le titre d'une pension viagère de cent écus, payable sur ses revenus particuliers. Cette pension était réversible sur la veuve, si le père Aubry venait à quitter ce monde avant sa femme ; ce qui vu la différence d'âge, était dans les prévisions humaines. 
               Par affection pour ces parents, Anthoine dut céder aux instances du capitaine et de sa mère, auxquelles se joignirent celle du Grand Louvetier. Il accepta donc et témoigna sa vive gratitude. Mais, en même temps, il demeurait confus que le devoir si simple qu'il avait accompli fût l'objet d'une récompense.  
             ""_Jeunes gens, ajouta la comtesse, continuez à être bons, dévoués et braves. Nous ne vous oublierons pas, et la providence vous soutiendra dans les épreuves de la vie. Venez nous voir quand vous serez dans l'embarras.  
            Elle leur serra la main bien affectueusement ; son fils et le Comte de Chabo en firent autant.  
               Et les deux jeunes Aubry reprirent le chemin de Sornéville, où ils arrivèrent un peu après la tombée de la nuit. 
              Avant de rentrer au château, Anthoine s'empressa d'aller, avec son frère, rendre compte au père et à la mère Aubry, de la belle et cordiale réception qui leur avait été faite à Lunéville. Ils remirent aux vieillards le titre de pension qui leur avait été donné pour soulager les dernières années de leurs parents. 
               Jacques et sa pauvre femme ne pouvaient croire à tant de générosité. Leurs vieux jours pouvaient donc s'écouler dans la paix, sans soucis du lendemain. 
               Les pauvres en profiteront, dit simplement le père Aubry.
 

 

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_Notre village natal
est toujours le plus
beau village du
monde...
Citation:
_La mémoire est
l'avenir du passé
_Citation:
_Qui ne connaît
pas le passé, ne
comprendra pas
l'avenir
Citation:
_Il ne faut jamais
oublier ses souvenirs

Citation :

Un homme sans mémoire

 de son passé
est comme un homme

 sans racine.
Notre devise:
_Tout faire pour
que l'histoire de
notre village puisse
continuer à s'écrire..
_Rassembler les
souvenirs pour que
les générations à
venir comprennent
et n'oublient pas

citation:

Toute idée humaine

qui prend le passé

pour racine,

a pour feuillage l'avenir

proverbe Chinois

Oublier ces ancêtres,

c'est être un ruisseau sans source,



 

 

 

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