Réédification de l'église de Sornéville - en 1784
**écrits du curé du lieu le R.P Quentin en 1789 **
Les habitants de Sornéville s'étant plaints à l'évêché que leur église était
insuffisante, Monseigneur en fit faire la visite par M.l'abbé Moreau, doyen de Vic. Sur son rapport intervint un décret qui ordonnait que l'église serait reconstruite ou réparée de manière
qu'elle pût contenir aisément les habitants de Sornéville et une partie de ceux de Moncel. Le curé employa tous les moyens imaginables pour conserver le choeur, qui n'était rebâti que depuis 28
ans; mais il fut obligé de céder à la maxime qui veut que l'accessoire (sic) cède au principal. On ne pouvait agrandir où élargir l'église sans la rendre difforme (sic) Il fut donc décidé que
l'église serait rasée et reconstruite à neuf. On commença à la démolir le lendemain de la fête-Dieu 1784, et on travailla avec tant de célérité que la nouvelle fut couverte pour la mi-novembre de
la même année.
La première pierre fut posée le jour de la saint Pierre sur le pilastre à gauche en entrant, du côté de
l'autel de la Vierge, et bénite par le curé du lieu. M Gonot archiprêtre de Marsal et curé de saint Médard, fit la bénédiction de l'église le 23 novembre de la même année, et on a continué
depuis à y célébrer l'office divin. On a mis dans le creux de la première pierre un sou de France frappé cette même année pour servir de médaille, et une petite bouteille renfermant un petit
rouleau de papier où sont écrits le jour, le mois, l'année de la position de la première pierre, avec les noms du curé, du procureur de Domêvre, du maire, du syndic de la commune, et celui de
l'entrepreneur. La première pierre est environ trois pieds et demi au-dessus du pavé.
Le curé seul a reconstruit le choeur suivant l'usage de
la province et du diocèse dans notre archiprêtré en Lorraine. il lui a coûté 75 louis d'or. La nef avec les vitraux et les lambris à MM. De Domêvre mes codécimateurs (codécideurs ?), 200
louis. La sacristie, le pavé et les planchers de la nef, avec la tour, ont coûté à la communauté environ 1000 livres de Lorraine.
M de Fontenelle, seigneur du lieu, du consentement du curé a fait construire un oratoire à coté du choeur, appuyé sur le mur du premier pan
coupé. Il a donc payé la moitié de ce mur. Mais cet oratoire est posé sur l'ancien cimetière, par conséquent sur le terrain de la communauté.
Il a fait présent du grand autel et l'a fait peindre à ses frais. Il est de pierre de taille. Non content d'avoir un oratoire, sous
lequel il a fait creuser un caveau avec toutes les dimensions requises, il demanda au curé et à la communauté la permission de faire un pont couvert pour aller de pleins pieds de son château à
l'oratoire. On le lui refusa, sans doute parce que ce pont couvert devait empêcher la communication autour de l'église et par conséquent la procession à l'extérieur suivant l'usage. D'ailleurs ce
refus était fondé sur un décret de M. de St Simon, évêque de Metz, qui n'avait accordé un oratoire à la Dame BAUDOUIN, dans l'ancienne église, qu'à la condition qu'il ne gênerait pas la
procession. Deux fois ; il fit venir M. l'archiprêtre par ordre de l'évêché, et deux fois il perdit ses peines, l'évêché ne voulant rien accorder que conformément au décret de M. de St Simon, et
au désir du curé et de la communauté. Enfin, à force de sollicitations, il extorqua un décret de l'intendance qui lui permettait de bâtir un pont couvert à condition qu'il ferait faire une porte
derrière le choeur, au midi, et une autre au couchant, à côté de la tour. Il est évident que ce décret est nul de plein droit. Les intendants ne sont que tuteurs des communautés; ils ne peuvent
donc pas disposer, surtout sans raison et contre le bon ordre, du terrain d'une communauté sous son consentement. La nôtre aurait donc empêché la construction de ce pont couvert, ou l'aurait fait
renverser si la crainte d'offenser l'intendant, qui aurait pu l'écraser de corvées ou d'autres charges, ne l'eût arrêtée. Bien disposée à faire valoir ses droits dans un temps plus heureux, qui
heureusement n'est pas éloigné.
Le dit Seigneur, craignant l'avenir, proposa ensuite à la communauté d'échanger le cimetière avec un pré qu'il avait acheté à des
particuliers de Hoéville qui en payaient le vingtième sans en jouir, la communauté de Sornéville en ayant toujours joui. Quelques habitants eurent la faiblesse de signer ce projet d'échange, mais
les autres ont refusé de le faire, en sorte que l'acte n'a pas été passé. Le cimetière est donc toujours à la communauté; le Seigneur a donc bâti sur un terrain qui n'est pas à lui. Cependant, le
dit Seigneur se regardant comme maître du cimetière s'en est emparé, a fait planter une haie de charmille, appuyée sur le mur de la nef, à la hauteur de dix pieds, contre promesse formelle, qu'il
avait faite de n'y faire aucune plantation, et cela au printemps de cette année 1789. Il y a fait planter aussi deux lignes de coudriers et s'en est fait ainsi un petit jardin de plaisance. La
communauté est donc en droit de faire arracher toutes ces plantations de faire démolir le pont couvert, après quoi le curé pourra faire la procession autour de l'église.
Quant à la décoration de l'église, on y a reposé le retable de l'ancien choeur et ceux des petits autels, qu'on a fait repeindre.
Les tombeaux des petits autels, peints en marbre, sont de pierre de taille: ils ont coûté 13 louis avec les peintures. Les bancs, qui sont à la charge de
la communauté, ont coûté 740 francs de Lorraine en y comprenant la chaire à prêcher, les deux petites tablettes qui sont à côté de l'autel et le banc des échevins. Le curé a fait faire la petite
estrade qui supporte les cierges, il n'y était pas obligé. Le banc des chantres est de l'ancienne église, de même que les armoires de la sacristie. Parce que les domestiques de Seigneur
occupaient les deux premiers bancs de la nef dans l'ancienne église, il en a fait faire deux à ses frais, dans la nouvelle, et la communauté l'a souffert. Comme il était en possession d'avoir un
banc dans le choeur, comme Seigneur haut justicier, il en a fait faire un depuis la reconstruction.
Notre église ayant été volée la nuit de l'ascension, au jour suivant, l'an 1789, la communauté, autorisée par le bureau intermédiaire et l'intendant a
acheté un ciboire pesant 25 onces et quelque chose, avec un petit ciboire; le tout, au titre de Paris, coûte 300 livres cours de France. le soleil, qui n'a pas été volé, est fort beau pour une
église de campagne. Messieurs les décimateurs nous avaient envoyé un calice de cuivre; mais sur notre refus, il nous en ont donné un fort beau, qui est très bien doré. La patène ne l'est pas si
bien.
nota.:_Les voleurs sont entrés dans la sacristie en forçant un barreau du vitrail (sic) qui regarde le château. Ils ont pris les clefs
à leur place et les y ont remise après avoir fait leur coup. Ils ont même ouvert les fonts de baptême pour y trouver les boites d'onctions; mais elles étaient en sûreté avec le soleil dans la
maison de cure. Le ciboire n'avait été reporté à l'église que pour la communion et la bénédiction le jour de l'ascension. On n'a pu rien découvrir sur les auteurs de ce vol, sinon qu'on avait vu
rôder dans les bois voisins deux hommes de fort mauvaise mine. A leurs figures et à leurs habits, on a cru que c'étaient les mêmes qui avaient volé plusieurs églises du côté de Lunéville. On ne
les a pas vu depuis notre vol. Dans (en) trois ans, on compte au moins douze églises volées dans les diocèses de Metz et de Nancy.
nti_bug_fck
