Le berger: troupeaux Baumann
François - C. Michel - H. Griffaton -
et la vaine pâture...
François Baumann
TOnte troupeau Griffaton
(photo internet www.berger)
René Baumann
Trois cent "têtes" auquelles il faut savoir donner à manger.....
RENE BAUMANN - - berger "libre" qui promène son bonheur sur 3000 hectares .( René décédé le 6/octobre/2009)
L'artisanat se meurt: pas seulement dans les villes où depuis longtemps les cordonniers et les rempailleurs de chaises ont renoncé à former des apprentis et où les meubles "rustiques" sont fabriqués à la chaîne. Les petits métiers pour solitaires se meurent aussi dans les campagnes. Toujours d'ailleurs au nom de la rentabilité, de la productivité...et de la facilité. Les poulets ne picorent plus entre les pierres des chemins, les pondeuses restent au chaud tandis que les porcs sont bichonnés pour être plus rapidement vendus.
Il en
est de même des moutons qu'on a inexorablement conduits à la stabulation. C'est la fin de bergers passant avec leurs troupeaux à travers les villages pour aller d'un pâturage à l'autre. Ce métier
dont Jacques Brel chanta toute la poésie sauvage, disparaît. Pourtant il est encore quelques pâtres qui ramènent les brebis à travers les plaines noyées dans le brouillard d'un crépuscule
de novembre. René Baumann a la quarantaine solide, l'accent Lorrain bien implanté et l'oeil vif de celui qui cherche la brebis égarée. Il a toujours été
berger à Sornéville et dans les communes environnantes. Il est peut-être le dernier "libre" de tout un canton. C'est mon père qui a commencé en 1930 : il avait alors échangé sa bicyclette contre
trois moutons. Toute l'histoire est partie comme ça, après il a été berger chez un patron, puis berger communal. J'ai commencé comme ça aussi, à dix sept ans, mais depuis bien longtemps j'en
rêvais.
Tout gosse René ramassait des cailloux ronds et blancs et jouait "au berger" en les rassemblant dans les enclos que son
imagination lui donnait bien volontiers.
""_Qu'est-ce que tu veux: moi, j'ai le mouton dans la peau. Je suis célibataire à perpétuité. D'abord j'aurai pas le
temps de m'occuper d'une femme avec les trois cents "têtes"" que je promène sur presque trois mille hectares"" .
Une deux chevaux rafistolée et repeinte en rouge, une roulotte de bois minuscule et peinte en vert et jaune : _""la
peinture c'est mon dada"" René Baumann traîne son bonheur d'un pas à l'autre, dort dans sa cabane à roulettes, loue des terrains et compare justement sa vocation à celle du curé qui a ""foi dans
l'église""
Un siège et un parapluie
Tout le monde le connaît et il connaît tout le monde à Moncel, Sornéville et Erbeviller. Au hasard de ses déplacements, il note
tout ce qu'il voit et tout ce qu'il fait sur des carnets qu'il entasse ensuite dans d'immenses caisses , chez sa mère avec laquelle il vit. Rustique et poète: sans grands besoins et sans autre
désir que de continuer, la houlette à la main, un grand manteau militaire sur les épaules...et un petit porte clés fétiche (une brebis) à la fermeture du pull-over.
"" _Je n'ai pas fait l'école de berger de Rambouillet : de toutes façons, là-bas on apprend seulement à garder les moutons
avec un siège et un parapluie. Faut encore savoir les faire manger pourtant. Un mouton, c'est pas une vache, y a une manière de procéder pour ne pas donner "le dessert" tout de suite. "" Et puis
on ne devient pas berger comme ça : faut être né là-dedans. Parce qu'en comptant bien, à la fin de l'année, c'est ric et rac. Faut pas attendre des bénéfices fantastiques quand on a payé la
pâture, les charges sociales le vétérinaire, etc....""
C'est là une simple constatation, faite sans amertume. René Baumann a choisi depuis
trop longtemps pour regretter ou se plaindre aujourd'hui . Il faut se rendre à l'évidence ; il aime cette vie de pasteur qu'il m'aine en compagnie de son chien et de son poste à transistor qu'il
écoute toute la journée, passant d'un émetteur à l'autre pour les jeux et les émissions de variétés.
Les moutons, Le berger ;
Nos meilleurs souvenirs
d'enfance. Très jeunes, nous aimions aller "aux champs" avec le berger, le plus
souvent avec René, quelques fois avec son père, nous aimions parcourir et découvrir avec eux tous les "coins et recoins "du territoire .
Ses chiens étaient toujours en actions, pas un mouton n'osait dépasser "les limites," de la pâture,
c'était un réel plaisir de les voir travailler. (je pense aujourd'hui que, l'éducation des chiens , qui fut ma passion durant de
nombreuses années, cette folle envie de tout faire pour développer au maximum leurs capacités à travailler pour leur maître, part de
là)
IL nous montrait comment il choisissait ces longues perches d'épine noueuses,
pour en faire des houlettes, comment il les façonnait, comment il les "brûlait " pour les décorer, comment il assemblait la houlette en bout.
Nous aimions casser la croûte dans les champs. Il
nous arrivait même de coucher dans sa cabane à même le sol sur une simple paillasse.
Lorsque nous étions un peu plus âgés, René nous demandait de venir l'aider au moment de la tonte, notre petit "boulot"
consistait à attraper les moutons et à les emmener aux différents tondeurs, quelle partie de rigolade.
Le moment privilégié était sans aucun doute, toute la période d'agnelage, surveiller les mères et les séparer du troupeau
avant qu'elles ne mettent bas. Donner le biberon à certains agneaux, lorsqu'il y avait des doubles, voir des triplés. Il n'était pas rare que dans ces cas là, René donne ces agneaux en
surnombre aux personnes du village qui lui en avaient fait la demande. Il fallait aussi, pratiquement dans la semaine qui suivait la naissance, couper les queues et castrer les mâles,
alors on aimait bien aider à ces tâches.
Une autre période de la vie du berger que nous aimions "partager" avec lui ; c'était au printemps lorsque l'on faisait brûler
l'herbe sèche des fossés, friches , talus et bord des chemins, cela afin que l'herbe repousse bien verte à ces endroits. (ce que certains nomment aujourd'hui
"l'écobuage") .
PHOTOS INTERNET WWW. BERGER
La vaine pature"" - ou ..."garder les vaches à l'arrière
saison."
Nous aimions beaucoup aller "garder les vaches"
dans les prés à l'arrière saison . Bien souvent à la grand fontaine, nous partions à plusieurs copains, le troupeau et un ou deux chiens. Notre passe temps favori était la construction de
baraques, faites avec des branches entremêlées et tout ce que l'on pouvait trouver sur place, dans les petits bois environnants, un ou deux vieux morceaux de toile sur le dessus faisait
"l'étanchéité" du toit en cas de pluie . Dès le matin, faire un feux et l'entretenir nous occupaient bien aussi. On mangeaient sur place le midi, nos plats favoris:...pommes de terre à
la braise et lard cuit à la flamme au bout d'une baguette, il y avait souvent aussi au menu, saucisse fumée et jambon fumé, quel régal mes amis.
Nos vaches se gardaient toutes seules, heureusement, car à vrai dire on y prétait pas beaucoup
d'attention.
