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1943.Familles Juives embarquées

Familles juives habitants Sornéville "embarquées "par les Allemands courant de l'année 1943.

Source: d'après Anne Marie Génin, Michel Gallier et Gérard Griffaton    . (Ce qui suit n'est  que le récit "succinct " de ce que j'ai entendu, que je compléterai volontiers au fur et à mesure de mes recherches ou d'affirmations de nouveaux témoins)
(photo wwww.deportation)

            Durant la guerre, courant de l'année 1943, un jour, un satané bus est venu chercher les familles juives qui abitaient Sornéville. 

Il y avait des membres de CINQ familles juives au village, presque tout le monde est parti dans ce maudit véhicule, Anne Marie Bousch (née Génin) s'en rappelle très bien et Michel Gallier aussi (Michel est la mémoire vivante de ce village).
  
 

 Une demoiselle "Moise", 25 ans environ, institutrice qui vivait dans notre village avec ses parents. Les Allemands lui interdisant d'enseigner parce qu'elle était d'origine Juive. Elle vivait chez ses parents, cette famille habitait en face la mairie école (maison Colette Morville) puis par la suite, en haut du village (maison Jean Pierre Martin). Mademoiselle Moise "présentait" qu'on allait venir, un jour, chercher toute la famille et se doutait probablement aussi que personne ne reviendrait, elle aurait pu fuir, elle ne l'a sans doute pas fait pour ne pas abandonner ses parents (source Michel Gallier). Certains enfants du village allaient suivre des cours (du soir) auprès de cette jeune institutrice (exemple Anne Marie Génin et Michel Gallier mais aussi les enfants Gérome). Cette famille ne reviendra pas.  . ""LesMoise"" avait une deuxième fille qui avait quitté la France pour l'Amérique juste avant la guerre. 


           Une Famille "Kann"qui  habitait dans la (maison Poirot) à côté de la laiterie Keller, au virage de la route de Moncel, une grand-mère habitait avec eux. La vieille Dame a été "embarquée" ce jour là. Monsieur Kann était à l'hôpital à Nancy pour y subir une opération (probablement d'une hernie) madame Kann était à son chevet, c'est sans doute pour cette raison, qu'ils échapperont tous les deux à l'ennemi, ils ne reviendront pas au village (ils s'enfuiront probablement vers la France libre). La vieille Dame, elle, ne reviendra pas.

Une famille "Bernard" qui habitait dans la maison (Georges Mathieu) avec deux enfants, une vieille tante vivait avec eux. Les parents et la vieille tante ont été embarqués dans ce convoi, ils ne reviendront pas. Un des fils n'était pas là, il avait été "réquisitionné" et travaillait aux chantiers de l'atlantique, il a sans doute réussi à cacher ses origines, son nom l'a probablement bien aidé, il échappera au désastre. Le deuxième fils travaillait aux champs ce jour là (en haut du grand viller) Gilbert Durand est allé le prévenir de la" rafle" des Allemands au village, il s'est sauvé vers les bois et ensuite vers le village voisin, Erbéviller sur Amezule, là, la famille Colin l'aurait aidé à se cacher. Le soir il était revenu à Sornéville, il est allé voir le laitier, Monsieur Fillet, qui était un membre incontournable du maquis de Ranzey, il est probable que c'est monsieur Fillet qui l'a aidé à fuir et à se protéger (source Michel Gallier qui a vu le fils Bernard chez le laitier). Les Allemands avaient promis de le rechercher vivement. Il s'en est heureusement sorti. 

Une famille Meyer qui habitait chez (Gellenoncourt - Drouin – Ognof), avec deux enfants, une fille Paulette et un fils Claude. Anne Marie dit entendre encore le fils pleurer en montant dans  le bus.  Ils ne reviendront pas .

              Je ne peux m'empêcher de vous parler du" cas" de la petite Denise de l'époque, qui était elle aussi d'origine juive par sa Maman (Joseph).


          Denise avait la chance de porter le nom de son Papa qui n'avait rien d'un nom Juif Everlé (fondateur de la miroiterie de l'est à Nancy), d'être hébergée, depuis quelques années déjà,  très à l'écart du centre du village, chez deux vieilles Dames bien discrètes, Julie Robert et Adeline Morcq (sœur de Julie) .
       La guerre arriva, sur initiative de mon père et de Charles Michel, Denise fut baptisée pour tromper l'ennemi  le 22 décembre 1940 (certificat de Baptême en ma possession) Gérard Michel le fils du maire Charles Michel fut désigné comme parrain et ma soeur Marie comme marraine. 
 
            Denise a été heureusement épargnée par cette rafle de 43, ce qui n'a pas empêché Julie et Adeline de trembler pour elle, trop souvent, elles avaient toujours peur que les Allemands lui fassent du mal d'autant plus que ceux-ci étaient (les chefs surtout) basés à la ferme Michel, mitoyenne de la maison d'Adeline et de Julie.  
             De ce que j'ai entendu de mes propres oreilles, durant ma jeunesse, un certain nombre de personnes sont intervenus sobrement pour protéger cette petite fille,  le premier était mon père, c'est certain, il en était d'ailleurs très fier.      
           C'est sans aucun doute pour cette raison que monsieur Everlé, le papa de Denise, portait une grande admiration et une profonde reconnaissance à Henri Griffaton, j'en suis le témoin direct et j'en ai moi même probablement beaucoup profité par la suite.

          Il faut dire aussi, que peu de gens connaissaient les origines de cette petite fille car, dès le début de la guerre, une ""barrière de discrétion pratiquement infranchissable"" c'était formée autour d'elle pour la protéger (protection des familles Griffaton, du maire Mr Charles Michel et de sa famille, famille Robert, famille Morq, du père Frey le curé du village, de l'instituteur monsieur Didier (qui adorait la petite Denise) et de tous ses amis  .Durant toutes ces années de guerre, cette petite fille n'a pas été consciente des risques  qu'elle encourait et de ce qui ce passait autour d'elle et c'était evidemment bien mieux comme cela. Elle m'a confirmé cet état de fait par la suite. Denyse vit en Amérique, en Californie, je l'ai "retrouvé" en Juillet 2005 et je corresponds avec elle. 
         Durant toute la première période de ma jeunesse au village, j'ai entendu parler de Denise Everlé, par mes parents, mes soeurs, par Julie (décédée 1950 ou 51) et surtout par Adeline puisque j'ai moi même été ""élevé "" , tout comme Denise, par ces deux vieilles femmes adorables, leur modeste demeure était notre Paradis. Pour ces deux personnes la petite Denise avait toute les qualités du monde bien sûr (à en être un peu jaloux...moi même, je m'en rappelle très bien).
         Par la suite, en 1962, grâce à un simple concours de circonstances, le papa de Denise m'a embauché dans son entreprise (Miroiterie de l'EST). Au fil des mois et des années, il m'a très souvent parlé de sa fille et de ces années passées dans notre village, toutes les occasions étaient bonnes pour me convoquer à son bureau afin de pouvoir parler de Sornéville, de Denise, des gens du village, sans jamais oublier quelques mots chaleureux pour mon père. 
         Je pense aujourd'hui avec tout le recul qu'il convient que Marcel Everlé a souhaité "me rendre à sa manière" ce que mon père avait fait pour sa fille à l'époque.
          Comme Denise le sait, j'ai été très peiné de ne pas l'avoir rencontré lors de sa visite en France en 1977, ma soeur Nicole m'avait pourtant prévenu de sa présence à Sornéville, mais j'espère toujours...

Anecdote de ce moment: ses amies se souviennent que Denise leur donnait des bonbons (petits cachous) que sa maman lui envoyait depuis la France libre.

 Adeline et Denise 1939

 

 

 Début de la guerre : DENISE à droite avec les trois filles Griffaton

                                                                                 

   CONFIRMATION: Michel Colin le 28 janvier 2006. Michel (né en 1926) me confirme que le fils Bernard du prénom d'Alfred a bien été caché par sa famille ce jour là, que Gilbert Durand de Sornéville est venu le rechercher le soir même. Me dit que ce jeune homme est venu les remercier après la guerre et qu'ils ont bu le champagne ensemble.  
                                 Gilbert Durant me confirme aussi les faits lors d'une rencontre .

 

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